dimanche 4 septembre 2011

Investir dans l'uranium après Fukushima ? Partie 1



Introduction

Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, je me suis demandé si investir dans l'énergie nucléaire a encore un sens aujourd'hui. Une petite recherche sur les données fondamentales du secteur m'a convaincu qu'il présente un potentiel énorme à long terme malgré l'impact psychologique sur les marchés Avec les cours plancher des entreprises de ce secteur, il est possible de trouver des valeurs sous estimées à fort potentiel. J'en parlerai dans un prochain post. Au préalable, je vais vous assomer de chiffres car il faut passer par là pour se faire son propre jugement sur les risques du marché.

C'est bien-sûr l'uranium qui est la matière première de cette industrie avec une production mondiale qui a atteint 53000 tonnes (T) en 2009 avec dans l'ordre des pays producteurs: Kazakhstan 27%, Canada 20%, Australie 16%, Namibie 9%, Russie 7%, Niger 6%, Uzbekhistan 5%. Vous voyez que la Chine et l'Inde n'en mènent pas large: Chine < 2% et Inde <0,5%. Aujourd'hui 438 réacteurs nucléaires, en activité dans 30 pays, consomment l'uranium qui sert à produire 16% de l'électricité mondiale. Au niveau des cours, le prix de l'uranium a fluctué énormément depuis 10 ans avec un niveau plancher record en 2001 (6,4 $/livre) mais une bulle spéculative suivit dès 2003 (pic à 135 $ en 2007). Après l'éclatement de la bulle, le prix baissa de 71% puis une remontée à 70$ fût observée en 2010. C'était sans compter avec la catastrophe au Japon qui entraîna une chute immédiate de tous les acteurs de l'uranium et du prix du combustible.




Offre et demande

Pour évaluer, le potentiel de croissance du secteur, il convient de parler de l'offre et la demande dans un avenir à 5 ans et de déterminer si un déficit est en vue avec l'appétit en matières premières des pays émergents. Il y aurait en 2010 environ 4 millions de T de réserve prouvée d'uranium dans le monde: Australie 1,1 millions de T, Kazkhstan 0,82, Canada 0,44, Jordanie 0,14. Si on en reste à la consommation actuelle (2006: 65000-68000 T/an, chiffres OCDE), les réserves mondiales couvrent encore 60 ans. Il est important de souligner que seulement 60% de la consommation fût couverte par la production des mines (36000 T/an en 2006) et le reste (40% ! ) par les stocks de sécurité et le plutonium des ogives nucléaires.

Evidemment , on ne va pas en rester à 65000 T de consommation annuelle malgré les critiques actuelles sur la sécurité du secteur et l'appel à boycotter cette énergie. Les pro nucléaires vous diront que c'est une énergie sans gaz à effet de serre. Par exemple, le cycle complet d'une centrale produit 3 à 65 g CO2/kWh, selon les sources (ONG vs lobby industriel), à comparer aux 400 g pour une centrale au gaz naturel et 700 pour le charbon. Ce serait donc une énergie propre qui devrait plaire à notre fibre écologique. Mais, je ne veux pas rentrer dans ce débat complexe car les raisons de critiquer cette énergie sont justifées à mon sens tout comme ses avantages sont évidents. C'est un débat idéologique qui est dans les mains des politiques et des citoyens (et c'est aussi à vous de décider de ne pas spéculer ...). Pour ma part, je pense que malheureusement nous n'avons pas d'alternative actuellement car les énergies vertes prendront encore 10 ans pour s'imposer et compenser le nucléaire.

A mon sens, le demande en uranium sera guidée par la croissance démographique des pays émergents et le besoin de cette population en électricité. La Word Nuclear Association, évidemment très subjective, prévoit une augmentation de 40% pour les 5 prochaines années et calcule 550 réacteurs en construction ou en projet avant 2050. Avec une production moyenne de 1 GW (1 milliard W) par centrale, soit 200 T/an requis par centrale, on arrive à 100000T/an supplémentaires pour 2050. Certains pensent même que ce chiffre de 500 centrales est minimaliste car si les voitures électriques rencontrent le succès escompté, il faudrait 150 centrales (30000 T/an) en plus. Mais je vous laisse le soin de croire ou ne pas croire les prédictions de Mme Irma. Il est vrai 2050, c'est le très long terme pour investir... Déjà à dix ans, la Chine a prévu 32 centrales (40GW) et l'Inde 20 GW c-à-d 10000T/an à l'horizon 2020. D'autres (Wikipédia) parlent de 108 nouveaux réacteurs pour 2020 et 19 fermés soit environ 90 nouveaux réacteurs en activité vers 2020 (20000T/an).

Revenons à notre petit calcul sur l'offre et la demande. Avec une production d'uranium de 53000 T/an en 2009 et une consommation en 2006 de l'ordre de 65000 T/an (j'ai pas de chiffres plus récents), c'est uniquement grâce aux ressources secondaires (stock stratégique et aux armes nucléaires) qu'on est arrivé à combler ce déficit depuis de nombreuses années. Cependant ce stock issu de la fin de la guerre froide sera entièrement consommé fin 2013 d'où un déficit attendu de minimum 15000T/an en 2013 ! A ce chiffre, il faut ajouter les 10000T/an pour nos amis indiens et chinois voire selon les sources 20000T/an supplémentaires à l'horizon 2020.

Seule éclaircie à l'horizon, les prix astronomiques de 2007 ont relancé l'exploitation de nouvelles mines par des minières "juniores". Cette nouvelle offre (difficilement évaluable à ce jour) pourrait alléger le déficit mais en comptant 10 ans entre la découverte d'une mine, les obstacles réglementaires et les premiers revenus, il faut pas encore compter sur cette manne providentielle. Néanmoins, le Energy Watch Group a calculé qu'avec ces nouvelles sources d'uranium, on pourrait différer le pic de l'uramium (déficit entre offre et demande) à maximum 2035 car si les prix de l'uranium flambent d'autres mines moins rentables au départ s'ouvriront vu que la demande continuera malgré la hausse du prix du minerai. En effet, une augmentation de 100% du prix de l'uranium ne correspond qu'à 5% du renchérissement du coût de la production de l'électricité (70% pour les centrales au charbon et 90% pour celles au gaz).

Notez que ce ratio de 5% peut vous faire réfléchir si vous devez choisir entre un investissement sur les actions dans le secteur du charbon ou du nucléaire (voir mes posts antérieurs). Enfin, on peut penser aux techniques de recyclage des déchets (5000T/an aujourd'hui) ou l'uranium inépuisable extrait de l'eau de mer (120-350$/livre d'ici minimum 20 ans) pour compenser le déficit futur. A vous de vous faire une opinion.

jeudi 2 juin 2011

Les règles d'or avant d'investir dans le secteur Biotech (3)

Troisième règle d'or: investir dans les produits biologiques

Jusqu'au milieu des années 90, les médicaments à succès étaient issus de la chimie de synthèse. Mais avec l'avènement de la biologie moléculaire, il fût possible de produire à grande échelle des protéines thérapeutiques comme les anticorps, les enzymes, l'insuline, les facteurs de croissance,  les vaccins voire plus récemment des ARNs ou des cellules souches. Aujourd'hui, ces molécules biologiques (MB) remplissent les pipelines de recherche clinique au détriment des petites molécules chimiques. Il n'y avait que 25 MB commercialisée en 2006 pour près de 200 aujourd'hui avec un chiffre d'affaire 2009 s'élevant à 99 milliards de $. Ce sont les anticorps anti-TNF (18 milliards $), l'insuline (13) puis l'EPO (9,5) qui se taillent la part du lion. C'est le secteur à plus forte croissance du marché pharmaceutique évalué à plus de 600 milliards de $ (Nature Biotechnology Vol 28 2010). Le marché global des MB pourrait croître à un rythme soutenu les dix prochaines années (7% à 15% par an) pour moins de 5% avec les molécules chimiques (Nature Biotechnology Vol 28, 2010).  

Les raisons de leur succès sont multiples. Par exemple les anticorps sont plus sélectifs que les petites molécules c'est à dire qu'ils agissent en général sur un seul mécanisme et génèrent ainsi moins d'effets indésirables. Il y aussi le succès des vaccins dopés par les pays émergents qui investissent en masse dans les programmes de santé publique dont la vaccination. Une autre raison de ce succès est la difficulté de copier les MB et donc des ventes qui resteront stables après l'expiration du brevet. Pour rappel, un brevet a une durée de 20 ans mais en pratique il protège un nouveau médicament 8 à 10 ans car il faut une dizaine d'années de recherche avant de le commercialiser. Au contraire des MB, les molécules chimiques à succès ou "blockbusters" tombent dans le domaine public les unes après les autres et sont aisément copiées par des médicaments génériques. On parle alors de "patent cliff" qui se traduira par une perte globale chiffrée à des dizaines de milliards de $  à l'aube 2012. 

En conclusion, les MB offrent deux avantages majeurs aux investisseurs: un succès plus élevé en Phase III et une exposition moindre aux génériques. 

Les règles d'or avant d'investir dans le secteur Biotech (2)


Deuxième règle d'or: choisir un domaine thérapeutique à haut potentiel

Un domaine thérapeutique n'est pas l'autre car une molécule en Phase III en immunologie a plus de chance de succès qu'une molécule qui cible le cancer ou la maladie d'Alzheimer. En effet, les modèles animaux et les mesures de l'efficacité en Phase II chez des malades atteints de cancer ou d'une maladie neurologique sont fort peu prédictifs d'un succès en Phase III sur un large échantillon de malades. Seulement 8% des molécules ciblant les maladies neurologiques réussiront en Phase III (Science Vol 239, 2010). C'est pour cette raison que les grosses sociétés comme GSK ou Pfizer ont délocalisé la recherche sur ces maladies en Chine afin de minimiser les coûts en cas d'échec. Malheureusement, le risque d'échec reste très élevé (de l'ordre de 90%) dans le domaine cardiovasculaire, les maladies digestives et le diabète. Dès lors, beaucoup de grosses sociétés préfèrent investir en oncologie, dans les maladies infectieuses ou dans les maladies autoimmunes où le risque est un peu moins élevé (environ 80%), laissant les domaines les plus risqués aux Biotechs.  En conclusion, cibler vos investissements vers les domaines thérapeutiques moins risqués. 



samedi 12 mars 2011

Les règles d'or avant d'investir dans le secteur Biotech (1)


Miser sur une action biotech est-ce aussi hasardeux que 
jouer à la loterie ?
C'est un secteur complexe et il y a quelques règles d'or à respecter avant d'investir. Tout d'abord un petit rappel sur la recherche et le développement pharmaceutique. La R&D se décline en 4 phases: 
(1) études pré-cliniques: en général plus de 10.000 molécules testées sur cellules et chez l'animal pour évaluer efficacité et toxicité; 
(2) étude clinique de phase I: elle sert à trouver la dose tolérée chez l'homme sain;
(3) étude de phase II: on détermine efficacité et inocuité sur un groupe restreint de malades; (4) étude clinique de phase III: elle permet de confirmer ces deux paramètres sur des millers de sujet avant l'enregistrement;
(5) étude de phase IV: étude effectuée après commercialisation du produit pour évaluer efficacité et sécurité sur la population.

Première règle d'or: choisir une société avec une molécule en Phase III

Sur les milliers de molécules testées en laboratoire sur cellules, quelques dizaines passeront les critères de sélection et seront administrées à des animaux.  Au final, une seule molécule sera retenue pour des études cliniques de Phase I chez l'homme ! 
Sur dix sociétés qui évaluent une molécule en Phase I , une seule réussira à la commercialiser en moyenne. Donc un rapide calcul nous indique que si une société biotech possède une seule molécule en Phase I, il y a 90% de chance qu'elle tombe en faillite faute d'avoir vendu un seul produit ! Il est impératif de sélectionner une biotech qui a déjà passé les études de Phase I voire de Phase II pour maximiser ses chances.
Ce sont donc les sociétés avec un produit en Phase III qu'il faut privilégier absolument. Celles avec des molécules "prometteuses" en phase I ou II sont à fuir sauf si vous voulez jouer à la loterie !  


samedi 12 février 2011

La fin du charbon à bas prix: comment investir (2)



Vous l'avez sans doute observé, le prix du charbon sur les marchés a augmenté ces derniers mois. Comme je l'ai expliqué en détail dans mon message précédant, ce n'est qu'un début et le prix du charbon s'enflammera dès 2012-2015.  Avant de vous expliquez mes pistes d'investissement sur ce marché, laissez-moi vous rappeler pourquoi cette matière première doit être suivie de très prêt par tout investisseur qui se respecte.

Une question d'offre et de demande

Les besoins en électricité et en acier s'accentuent dans les pays émergeants et particulièrement en Chine. Le charbon est la source d'énergie principale car il est encore abondant et le coût croissant des autres énergies fossiles les rendent moins attractives. Pour la première fois, la Chine est devenu un importateur net de charbon en 2010. La Chine consommera plus de la moitié de la production mondiale de charbon en 2025 avec une augmentation de 44% entre 2011 et 2025. A cette date, les pays dits émergeants consommeront à eux seuls 72% de la production mondiale. 

En 2006, la production mondiale a dépassé de 0,8% la demande. Un nette réduction comparée à 1990 quand le surplus mondial atteignait 2%.

Comment investir dans le charbon?

Contrairement au pétrole, aux métaux ou aux produits agricoles, le marché du charbon ne dispose pas d'un contrat de référence sur les marchés financiers pour nous aider à connaître instantanément la valeur des échanges mondiaux. Il existe des marchés éclatés sur toute la planète avec de grandes variétés de qualité de charbon à des prix très différents.

Les analystes suivent pour le charbon vapeur (celui utilisé par les centrales électriques) un indice "API-2" des prix constatés dans les ports néerlandais d'Amsterdam et de Rotterdam, et en Belgique à Anvers. Ce marché, considéré comme le plus actif dans le monde, a vu ses prix passer de décembre 2010 à février 2011 d'environ 100 à 130 $ la tonne. Aux Etats-Unis, le New York Mercantile Exchange a lancé en 2001 un contrat financier sur le charbon vapeur extrait dans la chaîne montagneuse des Appalaches (Est). Le prix a augmenté de moins de 75 $ la tonne en Décembre 2010 à plus de 80 $ en février 2011. Il existe aussi un marché du charbon à coke (acier) en Australie qui fût très volatil en ce début d'année à cause d'innondations catastrophiques dans ce pays.

Etant donné la complexité de ces marchés, je déconseille fort aux particuliers de s'aventurer sur des contrats d'achat à terme complexes de type "futures" réservés aux professionnels. Ce sont des produits dérivés à risque car leur prix va dépendre de l'évolution de prix sous-jacents.

Une possibilité est de placer son argent dans des Exchange Traded Funds ou ETFs, qui sont des fonds indiciels négociables en bourse, "liquides" comme des actions et donc d'accès aisé pour le particulier. Néanmoins, je les déconseillerais pour un placement à long terme car ils sont en général très volatils. Il existe deux ETFs sur le charbon. Par exemple le Market Vectors-Coal ETF (NYSE:KOL) a enregistré une hausse de 36% depuis 1 an (50$ en février 2011). 



J'ai trouvé sur leur site que KOL est composé de sociétes dont les revenus proviennent à plus de 50% de l'industrie du charbon. Mais malheureusement est exposé essentiellement au marché US (environ 50%) et donc moins susceptible de capitaliser sur le pic du charbon en Chine.

"The ETF is composed of 60 coal-related stocks, with many of the big names in the top 10. The coal mining and production companies make up 73% of the ETF, followed by 15% in coal power generation, 9% in coal mining equipment, and 2% in coal technology. Large-cap stocks account for 56%, mid-cap 29%, and small-cap 15%. The net expense ratio is 0.65%."  "The top holdings include China Coal Energy (Hong Kong), Consol Energy (CNX), Bumi Resources (Indonesia), Peabody Energy (BTU), and China Shenhua Energy Corp (China). In total, 11 countries are represented in the ETF, with the US making up approximately 50%."

Vous pouvez remarquer une belle progression de KOL depuis la chute vertigineuse en octobre 2008 (10$) mais le sommet à 60$ de l'été 2008 n'est pas encore été atteint. Il y a une autre ETF qui suit uniquement le marché du charbon (PKOL) que je vous montre dans le tableau ci-dessous. PKOL est beaucoup mieux exposé aux marchés internationaux que KOL: 26 % US, 20% Australie, 18% Chine , 17% Indonésie et 11% CanadaNLR suit les valeurs de l'industrie nucléaire et de l'uranium; CHIE est une ETF qui suit des sociétés de l'énergie chinoise; EEO correspond aux sociétés liées à l'énergie dans les pays émergeants; PXJ aux sociétés actives dans le pétrole. Elles sont ici à titre de comparaison.


KOL vs. ETF Alternatives
SymbolToday3 Mths1 YrYTD
KOL0%8.2%35.8%-2.7%
PKOL0.5%0.7%32.7%-2.9%
NLR0.1%9.9%27.9%7.2%
CHIE1.1%-7.1%12.3%-0.8%
EEO2.9%0.6%25.1%0.1%
PXJ0.3%17.3%45.0%8.3%








Pour ceux qui préfèrent inclure dans leur portefeuille des valeurs industrielles de ce secteur, voici une sélection non-exhaustive de sociétés minières. Les sociétés les plus importantes aux Etats-Unis sont: Peabody Energy Corp. (BTU), Consol Energy Inc. (CNX), Alpha Natural Resources Inc. (ANR), Arch Coal Inc. (ACI), Walter Energy (WLT) and Massey Energy Co. (MEE). Peabody Energy est le plus grand producteur privé au monde.

A l'international, on peut miser sur de nombreuses sociétés que je n'ai pas investiguées dans le détail. En Inde: Coal India (CIL); en Russie: Brunswick Rail, une société de leasing de trains pour le transport du charbon; en Australie: BHP Billiton (BHP) et Rio Tinto (RTP) sont des companies minières généralistes donc sensibles à la conjoncture des autres minerais; en Chine: China Shenhua Energy Company Limited, China Coal Energy Co. Ltd., Yanzhou Coal Mining (YZC), SinoCoking Coal and Coke (SCOK), L&L Energy (LLEN), Puda Coal (PUDA). YZC a une capitalisation de 10,1 milliards $ au contraire de la minière PUDA avec 183 millions $.



Personnellement, je ne me risquerais pas dans des petites minières à l'étranger si vous ne maîtrisez pas le domaine minier car leurs valeurs intrinsèques sont souvent assez opaques et très difficiles à évaluer. L'Australie et l'Indonésie possèdent une industrie solide et déjà consolidée, qui vaut peut-être le détour pour du moyen terme. Le secteur du charbon aux Etats-Unis est attractif car en pleine consolidation mais dès lors complexe à analyser et donc risqué. Des groupes de taille internationale devraient voir le jour prochainement; à vous de poursuivre mon investigation... Mais, on peut déjà observer  qu'elles se déroulent majoritairement dans les pays émergents (Chine, Indonésie, Amérique latine) et aux Etats-Unis et Canada.



La fin du charbon à bas prix: comment investir (1)



Deux raisons principales me font penser que le prix du charbon va exploser dans les prochaines années et qu'il y a là une opportunité pour un investissement boursier à moyen terme. Une étude du journal Energy (2010) prédit un pic de production dès 2011 car le demande mondiale de charbon augmente chaque année d'environ 4% depuis 2000 avec la croissance des pays dits émergents et la Chine en particulier. 

Vous n'avez sans doute pas encore beaucoup entendu parler dans les médias de cette pénurie qui s'annonce car cette analyse n'est partagée ni par les politiciens ni par les industriels qui estiment que les réserves mondiales de charbon sont énormes et que c'est une énergie désuette et polluante.  Par exemple, on peut lire que les réserves chinoises sont de 62 ans et celles des Etats-Unis de 250 ans. Comme, je vais vous l'expliquer dans mon message, ces chiffres sont faux et se basent sur des réserves non prouvées ou des calculs anciens.

Prenons l'exemple de la Chine. Le charbon y est bien présent en quantité massive mais dans des couches géologiques difficilement accessibles. Un étude chinoise de 2007 a calculé que le pic de production sera  atteint dès 2025. A cette date le charbon de surface sera épuisé et les coûts de production augmenteront en flèche pour extraire les réserves des couches géologiques profondes. Un étude du bureau d'étude Energy Watch Group (2007) prédit également un pic de production en Chine dans les prochaines années mais dès 2015. Enfin, le China's Energy Research Institute a calculé que sur base de la demande croissante chinoise, il ne restera plus de charbon accessible après 2028.

Ce problème est très sérieux pour les autorités chinoises car le pays ne peut se passer de cette source d'énergie. Ils n'ont en fait pas d'alternative car le charbon fournit 80% de l'électricité du pays, 16% de l'énergie des aciéries, 6% du chauffage domestique et 28% de l'énergie de l'industrie chimique et cimentière (Heiberg in Nature 2010). L'urbanisation accélérée de la population chinoise (350 millions d'individus à reloger !), et en conséquence des besoins énormes en ciment, acier, chauffage amèneront les chinois à consommer 700 millions de tonnes de charbon par an. 

Une question immédiate vient à l'esprit si l'on considère le "pic chinois" imminent: existe-t-il assez de charbon en dehors de la Chine pour assouvir leur besoin? La réponse est clairement non !

Les Etats-Unis, qui sont l'équivalent de l'Arabie saoudite pour ce qui est des réserves mondiales de charbon, produisent aujourd'hui 1 milliard de tonnes chaque année mais uniquement dédiées au marché intérieur. Selon des estimations anciennes (1995) et donc peu fiables, il existerait des réserves de 237 milliards de tonnes (ou 250 ans de stock).  Cependant, une étude beaucoup plus récente (2008) indique que le charbon de bonne qualité (à haute valeur énergétique) est en voie de disparition et qu'il ne resterait plus que 100 ans de stock à n'exporter sous aucuns prétextes. 

Les gros exportateurs sont à chercher ailleurs, en Australie, Indonésie, Afrique du sud ou en Russie. Mais ils n'auraient des réserves ne pouvant couvrir qu'une consommation annuelle de 250 à 400 millions de tonnes. Trop peu pour la Chine ! Même si ces pays investissent massivement pour augmenter leurs exportations, il est à prévoir que les prix flamberont car les coûts des infrastructures (mines, ports, rails) de l'industrie du charbon sont élevés. 

Enfin, parmi les pays émergents, il ne faut pas sous estimer le demande de l'Inde qui pourrait doubler d'ici 2012 et se chiffrer à 142 millions de tonne par an. La Russie a une production de 350 millions de tonne par an qui ne satisfait pas non plus ses besoins et elle pourrait également devenir un importateur net.

En conclusion, tous ces chiffres méconnus et analyses d'experts montrent à l'évidence qu'un déficit massif de l'offre de charbon pointe son nez à une vitesse grand v. Dès 2011-2015 selon les calculs des experts. Il est donc à craindre que les prix ne resteront pas au niveau de ceux de 2011 (80 $/tonne pour le charbon des centrales électriques US en février 2011). On devrait voir les prix atteindre des sommets comme en octobre 2009 (150 $/tonne), année de records pour le baril de pétrole. 

Dans mon prochain message, je reviendrai sur la crise du charbon et comment l'investisseur lambda peut tirer parti du "pic du charbon".