
Introduction
Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, je me suis demandé si investir dans l'énergie nucléaire a encore un sens aujourd'hui. Une petite recherche sur les données fondamentales du secteur m'a convaincu qu'il présente un potentiel énorme à long terme malgré l'impact psychologique sur les marchés Avec les cours plancher des entreprises de ce secteur, il est possible de trouver des valeurs sous estimées à fort potentiel. J'en parlerai dans un prochain post. Au préalable, je vais vous assomer de chiffres car il faut passer par là pour se faire son propre jugement sur les risques du marché.
C'est bien-sûr l'uranium qui est la matière première de cette industrie avec une production mondiale qui a atteint 53000 tonnes (T) en 2009 avec dans l'ordre des pays producteurs: Kazakhstan 27%, Canada 20%, Australie 16%, Namibie 9%, Russie 7%, Niger 6%, Uzbekhistan 5%. Vous voyez que la Chine et l'Inde n'en mènent pas large: Chine < 2% et Inde <0,5%. Aujourd'hui 438 réacteurs nucléaires, en activité dans 30 pays, consomment l'uranium qui sert à produire 16% de l'électricité mondiale. Au niveau des cours, le prix de l'uranium a fluctué énormément depuis 10 ans avec un niveau plancher record en 2001 (6,4 $/livre) mais une bulle spéculative suivit dès 2003 (pic à 135 $ en 2007). Après l'éclatement de la bulle, le prix baissa de 71% puis une remontée à 70$ fût observée en 2010. C'était sans compter avec la catastrophe au Japon qui entraîna une chute immédiate de tous les acteurs de l'uranium et du prix du combustible.
Offre et demande
Pour évaluer, le potentiel de croissance du secteur, il convient de parler de l'offre et la demande dans un avenir à 5 ans et de déterminer si un déficit est en vue avec l'appétit en matières premières des pays émergents. Il y aurait en 2010 environ 4 millions de T de réserve prouvée d'uranium dans le monde: Australie 1,1 millions de T, Kazkhstan 0,82, Canada 0,44, Jordanie 0,14. Si on en reste à la consommation actuelle (2006: 65000-68000 T/an, chiffres OCDE), les réserves mondiales couvrent encore 60 ans. Il est important de souligner que seulement 60% de la consommation fût couverte par la production des mines (36000 T/an en 2006) et le reste (40% ! ) par les stocks de sécurité et le plutonium des ogives nucléaires.
Evidemment , on ne va pas en rester à 65000 T de consommation annuelle malgré les critiques actuelles sur la sécurité du secteur et l'appel à boycotter cette énergie. Les pro nucléaires vous diront que c'est une énergie sans gaz à effet de serre. Par exemple, le cycle complet d'une centrale produit 3 à 65 g CO2/kWh, selon les sources (ONG vs lobby industriel), à comparer aux 400 g pour une centrale au gaz naturel et 700 pour le charbon. Ce serait donc une énergie propre qui devrait plaire à notre fibre écologique. Mais, je ne veux pas rentrer dans ce débat complexe car les raisons de critiquer cette énergie sont justifées à mon sens tout comme ses avantages sont évidents. C'est un débat idéologique qui est dans les mains des politiques et des citoyens (et c'est aussi à vous de décider de ne pas spéculer ...). Pour ma part, je pense que malheureusement nous n'avons pas d'alternative actuellement car les énergies vertes prendront encore 10 ans pour s'imposer et compenser le nucléaire.
A mon sens, le demande en uranium sera guidée par la croissance démographique des pays émergents et le besoin de cette population en électricité. La Word Nuclear Association, évidemment très subjective, prévoit une augmentation de 40% pour les 5 prochaines années et calcule 550 réacteurs en construction ou en projet avant 2050. Avec une production moyenne de 1 GW (1 milliard W) par centrale, soit 200 T/an requis par centrale, on arrive à 100000T/an supplémentaires pour 2050. Certains pensent même que ce chiffre de 500 centrales est minimaliste car si les voitures électriques rencontrent le succès escompté, il faudrait 150 centrales (30000 T/an) en plus. Mais je vous laisse le soin de croire ou ne pas croire les prédictions de Mme Irma. Il est vrai 2050, c'est le très long terme pour investir... Déjà à dix ans, la Chine a prévu 32 centrales (40GW) et l'Inde 20 GW c-à-d 10000T/an à l'horizon 2020. D'autres (Wikipédia) parlent de 108 nouveaux réacteurs pour 2020 et 19 fermés soit environ 90 nouveaux réacteurs en activité vers 2020 (20000T/an).
Revenons à notre petit calcul sur l'offre et la demande. Avec une production d'uranium de 53000 T/an en 2009 et une consommation en 2006 de l'ordre de 65000 T/an (j'ai pas de chiffres plus récents), c'est uniquement grâce aux ressources secondaires (stock stratégique et aux armes nucléaires) qu'on est arrivé à combler ce déficit depuis de nombreuses années. Cependant ce stock issu de la fin de la guerre froide sera entièrement consommé fin 2013 d'où un déficit attendu de minimum 15000T/an en 2013 ! A ce chiffre, il faut ajouter les 10000T/an pour nos amis indiens et chinois voire selon les sources 20000T/an supplémentaires à l'horizon 2020.
Seule éclaircie à l'horizon, les prix astronomiques de 2007 ont relancé l'exploitation de nouvelles mines par des minières "juniores". Cette nouvelle offre (difficilement évaluable à ce jour) pourrait alléger le déficit mais en comptant 10 ans entre la découverte d'une mine, les obstacles réglementaires et les premiers revenus, il faut pas encore compter sur cette manne providentielle. Néanmoins, le Energy Watch Group a calculé qu'avec ces nouvelles sources d'uranium, on pourrait différer le pic de l'uramium (déficit entre offre et demande) à maximum 2035 car si les prix de l'uranium flambent d'autres mines moins rentables au départ s'ouvriront vu que la demande continuera malgré la hausse du prix du minerai. En effet, une augmentation de 100% du prix de l'uranium ne correspond qu'à 5% du renchérissement du coût de la production de l'électricité (70% pour les centrales au charbon et 90% pour celles au gaz).
Notez que ce ratio de 5% peut vous faire réfléchir si vous devez choisir entre un investissement sur les actions dans le secteur du charbon ou du nucléaire (voir mes posts antérieurs). Enfin, on peut penser aux techniques de recyclage des déchets (5000T/an aujourd'hui) ou l'uranium inépuisable extrait de l'eau de mer (120-350$/livre d'ici minimum 20 ans) pour compenser le déficit futur. A vous de vous faire une opinion.

